French poem
Le Voleur
L’aveugle, un vrai Goya retouché par la Morgue, À genoux dans le froid coupant comme une faux, Automatiquement tirait d’un petit orgue Un son inoubliable à force d’être faux.
Suant par tous les bouts la misère qui navre, Il étalait deux yeux pâles où rien ne luit ; Et tel était l’aspect de ce vivant cadavre, Qu’il rendait le passant généreux malgré lui.
À deux pas, un flâneur à figure malsaine, Accoudé sur le pont, considérait la Seine En sifflotant d’un air canaille et vicieux ;
Soudain, vers la sébile il tendit sa main jaune, Eut le geste qu’on a lorsque l’on fait l’aumône, Et vola froidement le vieil homme sans yeux.