Versos French Maurice Rollinat Les Antagonistes

French poem

Les Antagonistes

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L’Esprit humain est sur la terre Une espèce de Dieu banni Expiant un crime infini Dont il ignore le mystère.

Il devrait donc à sa fierté De se soumettre sans révolte Et de bien faire sa récolte En attendant l’Éternité.

Mais, hélas ! au lieu qu’à la longue Il consente à se résigner, Il se consume à recogner Contre sa sépulture oblongue.

Il faut qu’un pur esprit divin Endosse une forme rampante Où par maint conduit qui serpente Circule une eau couleur de vin.

Impalpable en proie au solide, Il prendra, se sachant ailé, Un vol à jamais refoulé Par sa haineuse chrysalide.

De là l’exécrable duel : Tandis que l’âme dans la viande Se débat cupide et friande D’un aliment spirituel,

Cependant qu’elle est le vampire De sa prison pleine d’effrois Qu’elle incise à tous les endroits, Pompe, resaigne et réaspire,

Le corps, ce contenant charnu Dont la matière fait l’extase, S’épanouit quand il écrase Les élans de son contenu.

Plus se dilate l’enveloppe, Plus le venin est à l’étroit ; Et de même, l’étui décroît Quand le poison se développe.

Ensemble à leur brancard d’ennui Où le fouet du Temps les harcelle, L’âme cherche sa route à elle, Le corps veut son auberge à lui.

Malgré l’atroce mécanisme Qui mêle jusqu’à leur frisson, Ils opèrent leur unisson Avec un fourbe antagonisme.

Chacun est martyr et bourreau, La lame autant que le fourreau : Ils s’épient, se tâtent, se sondent !

Oh ! s’ils pouvaient désaccoupler La double haine qu’ils confondent Et séparément l’exhaler !

Mais, hélas ! l’un à l’autre adhère, Jumeaux de la complicité Ils sont dans la nécessité Du fratricide solidaire.

La bête clame en rugissant : « Que je n’obéisse qu’au sang ! Folie, accours et me délivre ! » L’âme répond : Geôlier hideux, Nous serions toujours tous les deux, Car être fou, c’est encore vivre !

« Et sais-tu même si ta mort Ne me sera pas tracassière, Et si je n’aurai pas le sort De cohérer à ta poussière ! »