French poem
15 (Le brouillard, comme un encensoir…)
by Maurice Vaucaire (1863–1918)
Le brouillard, comme un encensoir, Sur les plaines jette le soir Ses masses de vapeur épaisse. De loin cela forme une espèce D’étang triste et mystérieux, Un étang ayant chû des cieux.
Et d’une manière imprévue, Immédiate, cet étang-là À nos yeux surpris s’étala, S’agrandit à perte de vue. L’étang devint lac, un lac gris Baignant les arbres rabougris Qui limitaient ses rives mornes Près des prêles et des roseaux, Puis le vent souffla sur les eaux, Et le lac gris n’eut plus de bornes.
Et le brouillard se fit plus clair, Et le lac morbide, insalubre, Devint la mer, la mer lugubre, Et le lac gris devint la mer !
Mais la mer à la fin du monde ; Non plus volage et vagabonde, Phosphorescente ou chantonnant ; Mais la mer gavée et gonflée De la colossale mêlée Des débris du vieux continent !
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