French poem
17 (Ce spectacle dont j’ai rêvé toujours…)
by Maurice Vaucaire (1863–1918)
Ce spectacle dont j’ai rêvé toujours N’intéresserait bien que ma personne : Une salle où la musique résonne En s’amollissant sur tous les velours. La scène très grande et très inclinée Pour qu’on puisse voir les choses du fond. Dessus elle on se mêle et se confond. La troupe est nombreuse et assaisonnée De danseuses, de clowns et de jongleurs,
De chiens, de géants, même d’avaleurs De sabres. — Surtout soixante danseuses Aux maillots chair-rose, aux corsets foncés, Légères, dansant les cous renversés, Se tenant la taille assez gracieuses, Une main, pinçant les gros plis bouffants De la jupe en gaze et jambes levées Ensemble. — D’orchestre ivres, abreuvées, Leurs bouches avant des rires d’enfants.
Les clowns gais qui font sur l’épine dorse, Tête, épaules, bras, des effets de force.
À mon fauteuil je dors de temps en temps Dans l’obscurité de la salle vide… Un rayon de ciel part d’en haut livide.
— Noire impression, un jour de printemps. —
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