French poem
19 (La peau poudrerisée et les yeux…)
by Maurice Vaucaire (1863–1918)
La peau poudrerisée et les yeux agrandis, Les danseuses glissaient sveltes comme des fées ; Et les bourgeois naïfs étaient tout étourdis De voir ces maillots, ces têtes ébouriffées. Les décors fraîchement peints, les costumes blancs, Outre-mer et dorés, gris, noirs et rutilants, Et le luxe inouï de ce théâtre immense S’attaquaient à nos nerfs fébriles, en démence. La peau poudrerisée et les yeux agrandis,
Ils tournoyaient ces vrais êtres de paradis.
Le plafond déroulait sa large apothéose Orientale avec de riches nudités Que mettait en relief un ciel uniment rose. Le lustre les fardait de ses vives clartés, Et les sons incisifs allaient vibrer sur elles.
— Le mouvement gagna ces chairs surnaturelles, — Maintenant le public ahuri somnolait, Impressionné par l’éblouissant ballet, Le front en l’air béat, il rêvassait, à cause Du plafond déroulant sa large apothéose.