French poem
27 (PréméIer TABLEAU…)
by Maurice Vaucaire (1863–1918)
PréméIer TABLEAU. Préméditation du crime. L’assassin Roule dans sa cervelle un horrible dessein, Il lui faudra céans pour y trouver bon compte, Égorger le notaire, empoisonner le comte.
Prémé2e T. Chez le comte — un grand bal — le comte offre à dîner En l’honneur du contrat que l’on vient de signer ; Car il doit épouser une Princesse blonde. … Les invités partis, le notaire et l’amant S’entretiennent avec la Princesse un moment, Et l’assassin dans un coin surveille son monde.
Prémé3e T. Il songe à conjurer maintenant tout danger, Et juge qu’il vaudrait beaucoup mieux s’arranger Au moyen du notaire et puis de la Princesse ; C’est ainsi qu’on tuera le comte, cela presse
Prémé4e T. On l’assomme une nuit, on le cache un matin À douze pieds de terre au milieu du jardin. … L’autre épouse la femme et garde le notaire, L’assassin adorant les Princesses… Mystère !
Prémé5e T. Un an après. Le vieux notaire devient fou, Il est à craindre — on doit le tuer — comment ? où ? Le faux comte lui donne un poison énergique, On étouffe ses cris avec de la musique.
Prémé6e T. Quelqu’un de la maison a pu s’apercevoir…
Prémé7e T. Le Procureur reçoit une lettre anonyme.
Prémé8e T. On fouille à droite, à gauche. On trouve la victime Première, — mais celui qui tient le second crime, C’est le chimiste-expert, le surlendemain soir.
Prémé9e T. Un modèle achevé de gravure de mode, Le Procureur, correct, en noir, l’air pas commode.
Prémé10e T. La confrontation à la Morgue ; les corps Décomposés, affreux. Décomposés, affreux.L’assassin sans remords Prémé11e T. Le comte assassiné, paraît-il, n’est pas comte, L’enquête commencée a prouvé le mécompte ! Mais quel nom ? Mais quel nom ?— Nicolas Duval. —
Prémé12e T. Mais quel nom ? — Nicolas Duval. —Le criminel S’évanouit ; Duval est son nom paternel, Il a tué son père, ô vérité funeste ! Son père dont voici le misérable reste, C’était son père, — ô ciel !… Il se donne le coup Final en s’enfonçant un couteau dans le cou.
Prémé13e T. On condamne la femme à mort. On condamne la femme à mort.— Ah ! qu’elle est belle Et cynique devant l’échafaud qui l’appelle !
Le grand rideau descend rouge, tranquillement, Et le public ému s’écoule tristement…