Versos French Max Jacob Établissement d’une communauté au Brésil

French poem

Établissement d’une communauté au Brésil

by (1876–1944)

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On fut reçu par la fougère et l’ananas L’antilope craintif sous l’ipécacuanha. Le moine enlumineur quitta son aquarelle Et le vaisseau n’avait pas replié son aile Que cent abris légers fleurissaient la forêt. Les nonnes labouraient. L’une d’elles pleurait Trouvant dans une lettre un sujet de chagrin. Un moine intempérant s’enivrait de raisin Et l’on priait pour le pardon de ce péché. On cueillait des poisons à la cime des branches Et les moines vanniers tressaient des urnes blanches. Un forçat évadé qui vivait de la chasse Fut guéri de ses plaies et touché de la grâce : Devenu saint, de tous les autres adoré, Il obligeait les fauves à leur lécher les pieds. Et les oiseaux du ciel, les bêtes de la terre Leur apportaient à tous les objets nécessaires. Un jour on eut un orgue au creux des murs crépis Des troupeaux de moutons qui mordaient les épis. Un moine est bourrelier, l’autre est distillateur ; Le dimanche après vêpre on herborise en chœur.

Saluez le manguier et bénissez la mangue La flûte du crapaud vous parle dans sa langue Les autels sont parés de fleurs vraiment étranges Leurs parfums attiraient le sourire des anges, Des Sylphes, des esprits blottis dans la forêt Autour des murs carrés de la communauté. Or voici qu’un matin quand l’Aurore saignante Fit la nuée plus pure et plus fraîche la plante La forêt où la vigne au cèdre s’unissait, Parut avoir la teigne. Un nègre paraissait Puis deux, puis cent, puis mille et l’herbe en était teinte Et le Saint qui pouvait dompter les animaux Ne put rien sur ces gens qui furent ses bourreaux. La tête du couvent roula dans l’herbe verte Et des moines détruits la place fut déserte Sans que rien dans l’azur ne frémît de la mort.

C’est ainsi que vêtu d’innocence et d’amour J’avançais en traçant mon travail chaque jour Priant Dieu et croyant à la beauté des choses Mais le rire cruel, les soucis qu’on m’impose L’argent et l’opinion, la bêtise d’autrui Ont fait de moi le dur bourgeois qui signe ici.