Versos French Max Jacob Petite Ville anglaise le dimanche

French poem

Petite Ville anglaise le dimanche

by (1876–1944)

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Sur l’antique fronton d’un antique bazar On s’avise d’un nom Company Balthasar. Sur la glace des rues glissent des messieurs veufs, Les trottoirs rasés de la veille sont neufs. On regrette que les enfants ne soient pas blonds le dimanche On les trempe dans la farine par la jambe ou par la manche, On en blesse certains dans la chevelure On y mêle des doigts de pied Jusque dans la figure Les mères sont pareilles à des tulipiers Et leurs demoiselles pareilles à des tulipes. Les vaisseaux pavoisés battent de l’aile au port Je n’ai plus de passion si ce n’est pour la pipe (Ce n’est pas vrai !) Auberge de ce jour où l’eau même s’endort Ton spleen hyperbolique Me rendrait alcoolique. Nul marin sur les mâts dont les croix sont des tiges Aux dames escogriffes ne donne le vertige. Moi d’abord : triste échalas Qui fais étalage de cet état-là, Le ciel en cône, bocal, prison des anges ! Ô mes rêves ! glissez au sommet des fleurettes. Châteaux décrits, écrits, arcs en ciel d’insectes, De ma tête dans l’herbe le regard oblique vous guette ! Lambris, nombrils, verdure Où la terre met le nez dans sa fourrure Teints du sang du soleil c’est celui de mon cœur. Le frêle florentin de la carte postale Porte au cœur un tambour qui bat la générale Mais moi le receveur des impôts indirects J’ai la tête un dimanche au niveau des insectes Le soleil incendie ma nappe de chemise Ce matin j’ai prié trois heures à l’église Est-ce que je dors ou si je veille Il y a un violon quelque part Trois arbres qui voudraient danser, la mer approche son oreille Moi j’ai le ciel bleu pour miroir. C’est la cour de Marie qui le tient à deux mains Des prophètes, des rois, des saints clairs et des anges La méridienne, Greenwich et sous ton méridien Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien.