Versos French Pamphile Le May Hymne National

French poem

Hymne National

by (1837–1918)

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Cieux, déroulez sur notre tête Vos voiles de pourpre et d'azur. Montez, arômes du foin mûr. Que la terre, en ce jour, revête Et sa richesse et sa beauté! Qu'en murmurant la source coule Dans l'herbe du pré velouté! Que l'oiseau voltige et roucoule! Que tout s'unisse à ces concerts D'un peuple qui demande place Parmi les grands peuples qu'embrasse L'orbe éclatant de l'univers!

Ah! prête-moi ta douceur infinie, Voix de l'espoir que j'entends en tout lieu! Ah! prête-moi ta divine harmonie, Voix de l'amour qui chantes devant Dieu! Ouvrez, ouvrez votre aile diaphane, Anges gardiens de mon jeune pays! Écoutez-moi; mon chant n'est point profane; Portez à Dieu les hymnes que je dis.

Vole moins lente, Ô belle nuit! Vole moins lente. Mon âme ardente Aime le bruit, La voix dolente Du temps qui fuit. Que l'aube éveille Les gais échos, La fleur vermeille, Le chant des flots! Lève ton voile, Ô nuit d'amour! Lève ton voile, Voici le jour. Éteins l'étoile Qui luit encor Aux voûtes sombres. Dans ton essor Chasse les ombres. De tes doux feux, Aurore blonde, Éclaire, inonde Les champs des cieux. Parais lumière, Ô jour, parais! Que la chaumière, Que le palais, Que la rivière, La cime altière De nos forêts, Et la poussière De nos guérets Bondissent de joie! Que le papillon, Dans un chaud rayon, Plein d'amour déploie Son aile de soie, Se berce et tournoie Comme une fleur au vent! Qu'une chanson plus douce Monte du nid de mousse Sur le rameau mouvant!

C'est jour d'ivresse; Que la tristesse Sèche ses pleurs! C'est jour de fête, Que chaque tête Porte des fleurs!

L'aurore s'est levée et l'ombre s'est enfuie. Sur l'humide forêt que le vent chaud essuie, Ô soleil! tes rayons tombent comme une pluie.

Enfants du Canada, laissez le fier taureau Bondir, libre du joug, sur l'herbage nouveau; Laissez dans le sillon le soc et le hoyau.

C'est la fête immortelle Et sans cesse nouvelle Où l'amour se révèle, L'amour du sol natal, Où l'espoir se ranime A ton aspect sublime, Drapeau national!

Ô bardes, accordez les violons rustiques! Que vos refrains joyeux et vos pieux cantiques Montent comme un parfum jusqu'aux divins Portiques! Mêlez vos nobles voix aux bruits troublants des eaux Aux murmures du vent qui berce les roseaux, Aux accords printaniers des sauvages oiseaux.

Car c'est l'heure où tu jures Le pardon des injures, L'éternelle union; L'heure où ta foi s'affirme, Où le Seigneur confirme Tes droits, ô nation!

Brunes filles des champs, dansez sur la prairie. Vierges, cueillez des fleurs, la pelouse est fleurie; Cueillez des fleurs, ô vous, les fleurs de la patrie!

Que les blés aux grains d'or dans le sillon fertile, Que l'océan d'azur où l'étoile scintille, Et la voile de lin sur la nef qui vacille; Que l'arbre couronné d'un feuillage odorant, Le brouillard qui revêt un manteau transparent, La mauve qui se baigne et se berce au courant; Ah! que tout ce qui brille: Étoiles, fleurs ou flammes, Que tout ce qui soupire: Oiseaux, brises, ou lames, Et que tout ce qui prie: Enfants, hommes et femmes, Entonne, en ce beau jour, un hymne solennel Comme l'hymne divin de l'Archange Michel, Quand l'enfer se ferma sur les damnés du ciel!

Car c'est l'heure où tu jures Le pardon des injures, L'éternelle union; L'heure où ta foi s'affirme, Où le Seigneur confirme Tes droits, ô Nation!

Ah! prête-moi ta douceur infinie, Voix de l'espoir que j'entends en tout lieu!... Ah! prête-moi ta divine harmonie, Voix de l'amour qui chantes devant Dieu!

Peuple, ouvre ton âme à la joie; Défends ta foi, ta liberté. Peuple, bénis la main qui broie Les fers de la captivité.

Honni soit à jamais le traître Pour qui le peuple est un troupeau! Honni soit le sceptre du maître, S'il devient le fouet du bourreau! Garde le sol que ton pied foule, Peuple semeur, il est à toi. Garde, chrétien, le sol où coule Le sang des héros de la foi!

Peuple, tu te souviens encore Des grandes leçons des aïeux; Tu te souviens que ton aurore. D'un vif éclat remplit les cieux; Qu'au bruit d'une salve guerrière, Le feu brillait dans ta paupière, Et les élans brisaient ton coeur; Qu'aux jours de joie ou de souffrance, Bien haut le drapeau de la France Se déployait au champ d'honneur!

Tu te souviens du promontoire Où Lévis, longtemps attendu, De la France, par la victoire Sut racheter l'honneur perdu.

Et n'est-il plus dans ta mémoire Celui qui promena ta gloire Du pôle nord jusqu'au midi? Qui semble commander à l'onde, Et qui vit tout le Nouveau Monde De ses nobles faits étourdi? Ton coeur s'enflamme, et tu tressailles Au fier souvenir des batailles De Chateauguay, de Carillon... De Verchère où notre héroïne, Debout sur son fort en ruine, Lançait la foudre en tourbillon!... Et tu serais un peuple lâche? Et tu serais déjà lassé? Et tu refuserais la tâche Que t'impose un brillant passé?...

Qui donc ainsi te calomnie, Canadien, race bénie Qui connut un jour le malheur? Ton nom n'a-t-il plus de prestige? Et sorti d'une forte tige, N'es-tu qu'une débile fleur?

Je t'aime, ô sol natal! je t'aime et te révère. Que Dieu verse sur toi ses bienfaits les plus doux! Jusqu'au jour où le ciel deviendra notre terre, La terre où nous vivons doit être un ciel pour nous.

Je vous aime, rivages, Ciel de feu, blancs nuages, Fleuves majestueux, Bois remplis de mystères, Montagnes solitaires, Torrents impétueux, Hiver, vents et tempêtes, Printemps d'amour qui jettes Mille arômes nouveaux, Été d'azur, automne Que la moisson couronne, Brillants choeurs des oiseaux!...

Je t'aime, ô sol natal! je t'aime et te révère! Que Dieu verse sur toi ses bienfaits lés plus doux! Jusqu'au jour où le ciel deviendra notre terre, La terre où nous vivons doit être un ciel pour nous.

Ô Patrie adorée, Est-il une contrée Aussi belle que toi? Aux jours sombres d'orage, Tu puises le courage Dans l'amour et la foi. Tu n'es pas affaiblie Par un lâche repos; Ô terre des héros, Tu n'es pas avilie! Non! j'en appelle à vous, Antiques sanctuaires Où l'on prie à genoux! Non! j'en appelle à vous, Ô cendres de nos pères!

Sortez de votre tombe, ô mânes des aïeux! Un peuple entier est dans l'attente. Mânes, pour le juger paraissez en ces lieux. Dites si d'une âme contente Il ne s'élance pas au milieu du danger, Si son front porte quelque honte, S'il s'est laissé flétrir par un maître étranger. Connaît-il un bras qui le dompte, Ce peuple de héros que vous avez formé? Sa foi s'est-elle donc éteinte? Le temple qu'il vénère est-il jamais fermé? Et quand s'est-il courbé par crainte Devant l'iniquité qui violait ses droits? A-t-il l'air d'un peuple qui tombe? Pour le dire aux pervers qui méprisent ses lois, Mânes, sortez de votre tombe!