Versos French Pamphile Le May L'échafaud

French poem

L'échafaud

by (1837–1918)

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Bien sombre est l'horizon, et des plaintes funèbres S'élèvent des forêts au milieu des ténèbres, S'élèvent des flots noirs et des rocs escarpés! L'oiseau ne chante pas sur son nid de feuillage, Le vent ne berce plus le roseau du rivage. L'on entend seulement les sons entrecoupés De la cloche d'airain qui pleure dans l'espace; On entend les sanglots d'une femme qui passe Au pied des murs noircis d'une haute prison... Bien sombre est l'horizon!

Femme, que cherches-tu dès l'aube matinale! Et pourquoi ces soupirs que ta jeune âme exhale? Pourquoi, sur ton front pur, ce voile de douleur? Que dis-tu, par instant, à l'enfant que tu presses Sur ton sein qui bondit? Et pourquoi cas caresses Qui vous font tant de mal que vous pleurez tous deux? Es-tu, nouvelle Agar, par ton époux chassée Loin de l'humble demeure où reste ta pensée? Près de ce noir donjon qui trouble la vertu, Femme, que cherches-tu?

Quels sont ces spectres noirs qui vont et qui reviennent Pareils à des démons que les sorciers retiennent, Au milieu de la nuit, sur un impur autel? Quelle est, collée au mur, cette charpente sombre Qui semble un long squelette ouvrant ses bras dans l'ombre Pour étreindre quelqu'un dans un baiser mortel! Qui montent à pas lents ces lugubres échelles? O femme, tu pâlis, tu trembles, tu chancelles! As-tu vu s'écrouler tes suprêmes espoirs?... Quels sont ces spectres noire?...

Qui donc va monter là! Le jour perce la nue; La charpente hideuse apparaît toute nue.... O ciel! un échafaud! O spectacle d'horreur! En face du soleil, quelle pauvre victime? Va venir expier la grandeur de son crime? O femme, je comprends l'angoisse de ton coeur.... Le soleil monte encore et la foule s'avance. Insolente et cruelle, en son impatience Elle crie au bourreau qu'il faut finir cela.... Qui donc va monter là?

Victimes, avancez! Bourreaux, faites vos tâches! Voyons donc au grand jour quelles ignobles taches Souillent le front de ces forçats. Victimes, avancez!... Ah! voilez cette scène! Héros de mon pays, quoi c'est vous que l'on traîne Sur le gibet des scélérats?

Que n'êtes-vous tombés, au jour de la bataille, Au champ de Saint-Eustache, au champ de Saint-Denis! Que n'êtes-vous tombés, broyés par la mitraille Avec vos compagnons bénis!

Mais, pour calmer un peu cette haine enragée Qu'en son âme implacable il gardait contre nous, Colborne voulait boire une chaude gorgée D'un sang dont il était jaloux,

Il fallait, pour autel, une ignoble potence, Il fallait, pour témoin, un ignoble troupeau, Pour victime il fallait la divine innocence A ce grand prêtre fait bourreau!

Comme si la terreur, la honte et l'anathème, Qui font une couronne à l'échafaud sanglant, Pouvaient graver aussi leur stigmate au front même De celui qui meurt innocent?

Défenseurs malheureux d'une cause humble et sainte, Votre nom à jamais sera glorifié! Maudits soit les tyrans! Mourez! mourez sans crainte, Le gibet est sanctifié.

Vous n'êtes plus, hélas! mais de votre poussière Un germe s'est levé qui ne doit point périr. De vos tombes jaillit un rayon de lumière Qui nous guide vers l'avenir.

Peuple, courbe ton front et souffre sans rien dire; Espère un temps meilleur, pauvre persécuté. Tes défenseurs sont morts, mais leur sanglant martyre Vient d'enfanter la liberté.