French poem
L'oiseau-mouche et le Chêne
by Pamphile Le May (1837–1918)
Un petit oiseau-mouche aux deux ailes d'ébène, A la gorge de pourpre et d'or, Prenant dans les airs son essor, Vint s'abattre, joyeux, sur la cime d'un chêne. Dans le même moment un grand souffle passa, Précurseur de l'orage, Qui saisit avec rage L'arbre superbe et le cassa.
L'oiseau, tout étonné, rouvrit son aile vive Avec un gai bourdonnement, Et s'écria naïvement:
—Je regrette, crois-moi, le malheur qui t'arrive Un peu par ma témérité... Je sais qu'il n'est pas mérité. Avant que de venir me percher sur ta cime Qui s'abîme, J'aurais dû me douter Que tu ne pouvais me porter.
Plus d'un, comme cet oiseau-mouche, Pense écraser tout ce qu'il touche Qui n'a de grand, en vérité, Que son extrême vanité.