Versos French Pamphile Le May L'origine des Singes

French poem

L'origine des Singes

by (1837–1918)

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La science, en ces temps, fait des progrès magiques: On devine le cours des astres radieux Et les secrets géologiques; Les hommes deviennent des dieux Et les dieux d'autrefois deviennent des fétiches Bons à mettre sur les corniches Comme des objets curieux. Le mystère, pour nous, n'est plus mystérieux. Le son est pris au vol; il est mis en réserve Sur l'étain, Pour le siècle le plus lointain. La table parle et danse, et le savant observe Aujourd'hui Un monde tout nouveau qui grouille autour de lui. L'homme enfin devine Son humble origine, Si l'on en croit Darwin, Et n'a plus raison d'être vain.

Que dis-je? le progrès est acclamé des bêtes Et fait lever toutes les têtes. On s'est mis à l'étude avec avidité, Et bientôt, on l'espère, Le fauve en son repaire. Rougissant de sa nudité, Se couvrira d'habits modestes. Mais toujours nos modistes lestes, Afin de ménager une étoffe le prix Aux maris, Des femmes avec art montreront les épaules. Le monde est mesuré jusques à ses deux pôles, Et ses vastes dimensions. Pour certaines ambitions, Sont trop étroites. Mais qu'est donc tout cela devant les beaux discours Et les prétentions adroites De quelques singes de nos jours?

Ce fut la terre d'Afrique, Sous de superbes cocotiers, Que ces singes de tous métiers Tinrent leur congrès historique. Voulaient-ils nous parodier Et se vêtir aussi de linge? Non; ils voulaient étudier L'origine du Singe.

Les philosophes, les penseurs Les savants, les naturalistes. Les antiquaires, les censeurs, Les poètes, les cabalistes Y débitèrent gravement Les pages les plus étonnantes. Mais un scandale énorme eut lieu soudainement Quand plusieurs de leurs voix tonnantes, Affirmèrent enfin En toute conscience, Au nom du la science, Que le singe si fin Descend, en somme, D'un animal qu'on appelle homme.

Les singes sont jaloux. Des propos hasardeux Blessent leur amour propre et les rendent féroces; Et nous, nous goberions les bêtises atroces D'un savant qui nous dit que nous descendons d'eux!