French poem
La Belette et le Hibou
by Pamphile Le May (1837–1918)
Un hibou vaniteux, reployant sa grande aile, Vint s'arrêter près d'un ruisseau:
—Si le miroir de l'onde est aujourd'hui fidèle, Je suis, pensa-t-il, vraiment beau.
Et, comme il s'admirait, rajustant sa toilette, Une belette Se glissa parmi les roseaux Et vint boire aux limpides eaux.
—Belette, mon amie, Lui cria le hibou, Combien triste pour toi doit paraître la vie! Tu rampes sur la terre et n'habites qu'un trou. Je maudirais le sort si j'étais à ta place, Et, loin de m'admirer dans ce calme miroir, Je me noierais de désespoir!
—Je vous répondrai sans fallace, Dit, en levant son fin museau, La belette au vilain oiseau; Je n'ai point d'ailes, point de plume; N'en ayant jamais eu je n'en ai pas besoin: Au reste je n'ai pas coutume De chercher le bonheur bien loin. Puis dans le danger je me sauve Mieux que l'oiseau, mieux que le fauve, Voyez: un chasseur vient, adieu!
Se fourrant au milieu De l'épaisse fougère, La belette légère A ces mots disparut.
Aussitôt le hibou, hâtant son vol austère, S'éleva de terre, Mais par malheur pour lui le chasseur accourut.
Gardez-vous d'offenser par des paroles vaines Ceux qui sont moins doués que vous; Ce qui fait notre orgueil devient souvent pour nous Une source de peines.