Versos French Pamphile Le May La Jeune Mourante

French poem

La Jeune Mourante

by (1837–1918)

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Quel parfum! quel éclat dans les fraîches campagnes! Que l'oiseau chante bien! que le soleil est beau! Tout revit, tout s'anime, ô mes jeunes compagnes, Mais je sens sur mon front le vent froid du tombeau!

Voyez ma joue est pâle et ma voix est moins forte: Mes yeux n'ont plus l'éclat qu'ils avaient l'autre jour: Je ne m'abuse point, un mal secret m'emporte: Il me faudra bientôt vous laisser sans retour!

Et je ne verrai plus les blés de la prairie! Je n'irai plus cueillir, près des eaux, le glaïeul! Je n'irai plus jouer sur la mousse fleurie! Je n'irai plus dormir à l'ombre du tilleul!

Mais à peine ai-je vu dix-sept printemps éclore, Et la vie à mes yeux semble pleine d'attraits! La mort peut écouter le vieillard qui l'implore, Je suis trop jeune, moi, pour mourir sans regrets!

La fontaine limpide où l'on se désaltère Ne tarit pas sitôt sous un ciel radieux; Et la jeune hirondelle à son doux nid de terre, Avant les jours de froid ne fait pas ses adieux.

Ma main tremble en cueillant la blanche pâquerette: Sur le sable perlé mon pied glisse incertain. Retournons, retournons dans notre humble retraite, Nous reviendrons encor jouer demain matin.

Quand l'aube déplia son voile d'écarlate, Que les champs et les bois reprirent leurs couleurs, Et que le gai pinson fredonna sa cantate, Elle ne revint point sur la pelouse en fleurs.

Elle mourut le soir à l'heure solennelle Où le dernier rayon lutte avec l'ombre encor, A l'heure où dort l'oiseau la tête sous son aile, Où l'étoile apparaît comme une lampe d'or.