Versos French Pamphile Le May Le Cheval et le Charriot

French poem

Le Cheval et le Charriot

by (1837–1918)

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Un bon cheval d'un certain âge, Traînait depuis longtemps un pesant charriot: Il était tout en nage, Mais il ne disait mot, A quoi sert de se plaindre Quand personne n'est là pour nous prendre en pitié Ou, tout au moins, pour feindre Une douce amitié, Il vaut mieux avec patience Endurer son mal. C'est ce que l'animal Faisait en conscience; Mais il n'en pensait pas moins.

Cependant la voiture Conduite par ses soins Parvint, sans fâcheuse aventure, Au sommet d'un vaste coteau. La descente en était rapide: Un roc abrupt, un trou perfide Resserraient le chemin comme eut fait un étau. Alors le véhicule Commença de parler. Cela, vous semble étrange, et même ridicule; N'importe; pour si peu n'allez pas quereller.

—Laisse flotter tes rênes, Dit-il au cheval fort surpris; Depuis bien longtemps tu me traînes; Ton coeur est bon, je l'ai compris. A mon tour, sans qu'on le devine, Sur la pente de la ravine Je vais te pousser doucement, Et tu n'as qu'à te laisser faire Pour descendre en bas promptement; Je connais mon affaire.

Le cheval, écoutant ce propos singulier, Changea de rôle. Après tout, ce devait être joliment drôle Que ne plus se morfondre à tirer du collier. Il partit, trottinant sur la pente assez raide. Le charriot, content de lui donner de l'aide, Poussait de mieux en mieux, Augmentant toujours sa vitesse. Le cheval, malgré sa prestesse, Devenait soucieux.

—Arrête! cria-t-il au charriot, arrête, Je n'en peux plus!... Je suis perclus!... Je perds la tête!...

Sur le chemin poudreux La course est furibonde: Après une seconde Le malheureux, Ne pouvant plus combattre Son pénible destin, Vint lourdement s'abattre Dans le fond du ravin.

Vous qui nous conduisez à travers les abîmes, N'allez pas imiter ce cheval idiot, Ne changez pas de rôle avec certains intimes, Car ils feraient, bien sûr, comme le charriot.