Versos French Pamphile Le May Le Chat Qui Rêve

French poem

Le Chat Qui Rêve

by (1837–1918)

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On croirait quelquefois que le songe est un leurre; Il ne fuit pas toujours quand on est réveillé. Je vais vous raconter sur l'heure Comment un chat, jadis, sortit émerveillé D'un songe assez plaisant qu'il paya de sa vie. Vous demandez comment Faute si faible fut suivie D'un pareil châtiment. C'est un sujet inépuisable Où je ne suis guère entendu. Comme dans bien des cas, l'innocent fut perdu Et le tribunal, excusable.

Voici le fait: Un chat d'une vertu fort bien enracinée, Mais pas sans défauts tout à fait; Ce qui n'est dans la destinée Ni du chat, Ni de l'homme; Un chat qui ne portait ni cordon, ni crachat, Mais qui valait, en somme, Bien des chats décorés, Vit un trou, dans une salle, Où quelques rats s'étaient fourrés. Aussitôt il s'installe, Il se blottit, silencieux, Guettant de la griffe et des yeux. Mais la même pensée et la même posture Endorment l'esprit et le corps; Il s'endormit alors, Et c'était le moment où les rats, d'aventure, Sortaient du trou; Ils s'échappèrent tous: Or, lui, voilà qu'en songe Il allonge Et la patte et le cou, Et chaque coup de griffe Prend un rat impudent, Et chaque coup de dent Le biffe Du nombre des vivants. Dans ses rêves émouvants, Il finit par tous les détruire. «Emouvants» c'est le mot qu'il me faut pour traduire De pareils songes, en effet, Et ce n'est pas une cheville. Notre chat, satisfait, Se réveille, s'étire et se recroqueville; Il se dit que jamais on ne vit coup pareil, Et s'en va faire la sieste Sur la porte, au soleil. Les rats grugent partout: on les voit, on l'atteste; Mais il n'en croit plus rien, il en a tant mangé. C'est en ce moment-là qu'il fut pris et jugé.

Rêver, c'est fort plaisant, c'est une trêve A la banalité; Mais gardez-vous toujours de prendre votre rêve Pour la réalité.