French poem
Le Voyageur
by Pamphile Le May (1837–1918)
Après une assez longue absence Un voyageur revint au village natal:
—Oui, je reviens mourir au lieu de ma naissance, Dit-il en soupirant, et le destin fatal Va, je l'espère, Me laisser expirer en paix. Il semblait ployé sous le faix De la misère; Il était mal vêtu, Avait le dos courbé, le regard abattu. On le fuyait. Il eut peine à trouver un gîte. Les frères, les amis ne le connaissaient plus.
—Je comprends, leur dit-il, la peur qui vous agite, Mais gardez-moi ce soir; vraiment, je suis perclus. Il me faut du repos, il me faut un refuge; Je partirai bien sûr demain.
Pour ne pas paraître inhumain Aux yeux du monde qui nous juge Ou contre nous se fait témoin, Un frère lui permit d'occuper aux mansardes Un petit coin.
Le lendemain matin, ayant changé de hardes, Riant, frais et dispos Après un bon repos, Notre humble voyageur se hâta de descendre. On fut un peu surpris de voir ce changement. Le charbon qui sort de la cendre Ne se transforme pas, non, plus étrangement.
—Mon frère, aidez-moi donc, de votre main adroite, A charger sur mon dos cette pesante boîte, Dit le voyageur A son frère tout songeur.
—Qu'avez-vous là dedans? grand Dieu! que cela pèse!
—C'est de quoi, mon ami, vivre cent ans à l'aise, C'est de l'or.
—Frère, ne partez pas, restez, restez encor.
Le voyageur sortit disant avec des larmes:
—L'or plus que les vertus a pour l'homme des charmes.