French poem
Le Vieillard
by Pamphile Le May (1837–1918)
Il chemine, rêveur, courbé sur un bâton, Lui qu'on a vu jadis marcher d'un pas allègre; Il ne laisse tomber aucune parole aigre, Et pourtant la vieillesse est pesante, dit-on.
Souvent pour nous parler il prend un humble ton. Il montre avec orgueil, parfois, de son doigt maigre, Dans l'ombre du passé, toute une vie intègre, Et son nom a franchi la borne du canton.
Or, rien, lui semble-t-il, n'est changé que lui-même. On rit comme autrefois, comme autrefois on aime; La jeunesse fleurit partout. Lui seul est vieux.
L'ombre autour de lui monte. Il hésite, il tâtonne. Une larme descend de son grand oeil atone, Quand il songe qu'un jour il fit des envieux.