French poem
Le Vanneur et le Blé
by Pamphile Le May (1837–1918)
Sur les airées De gerbes dorées Les fléaux, tour à tour, Tombaient depuis le point du jour, Et, sous les épis vides, Les blés de toutes parts Etaient épars; Mais les graines perfides Bien trop abondamment Se mêlaient au froment. Selon son ordinaire, Pour vanner le grain, Le vanneur s'avance dans l'aire Le front serein; Il met dans le van et le crible Ivraie et luzerne et blé mûr, Agite tout de son bras sûr, Rejette la graine nuisible, Verse le blé dans le boisseau, Et puis commence de nouveau. Alors il est témoin d'une drôle de chose: Le blé qu'il veut nettoyer ose Contre lui s'emporter Et dans ces termes l'insulter:
—Fais cesser mon supplice, Misérable tyran! N'agite plus ce van Qui devient ton complice.
—Grand Dieu! dit le vanneur, ai-je bien entendu? Mais vois donc quelle est ta démence: Avec la mauvaise semence, Si tu n'es pas vanné, tu seras confondu.
—Et que m'importe?
—Puisque tu parles de la sorte Va de l'ordure augmenter les monceaux: Tu serviras d'aliment aux pourceaux; Mais le blé que j'épure Et qui souffre humblement L'épreuve du moment Sera ma nourriture.
Qui ne sait pas vanner son coeur Se marque d'un sceau de malheur.