Versos French Pamphile Le May Le Taureau et la Fourmi

French poem

Le Taureau et la Fourmi

by (1837–1918)

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Un taureau qu'irritait la moindre agacerie, Seul dans une prairie, Paissait tranquillement.

—Ce serait, pensait-il, oui, ce serait vraiment Chose bien singulière Que l'on put me troubler ici.

Tout en pensant ainsi Il se mit à brouter sur une fourmilière. Les fourmis, comme de raison, Sortirent fort épouvantées De leurs cachettes éventées Et s'enfuirent sous le gazon. Cependant l'une d'elles, Qui se moquait bien des querelles Mordit sur le naseau L'irascible taureau. L'animal fit un bond, ouvrit grand son oeil morne, Beugla d'une voix sourde et, du bout de sa corne Cherchant à déchirer la petite fourmi Qui le traitait en ennemi, Il déchira l'argile. Pendant qu'il s'épuisait ainsi dans son courroux, L'insecte agile Se promenait gaiement sur son large front roux.

Quoi de plus insensé que ces accès de rage A propos de rien ou contre un être chétif Gardez votre vigueur, gardez votre courage Pour adversaire digne ou pour digne motif.