Versos French Pamphile Le May Les Deux Livres

French poem

Les Deux Livres

by (1837–1918)

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Deux livres reposaient sur la même tablette: Un ancien, un nouveau. L'un étalait aux yeux une riche toilette Faite de maroquin et non de simple veau, Etait doré sur tranche Et portait marge blanche Large comme deux doigts; L'autre n'avait, je crois, Que demi-reliure, Et plus d'une éraillure, En guise de rayons, marquetait le couvert. Il avait fort souffert Ou de l'indifférence ou bien de la malice.

Quand je dis «reposaient» je ne rends pas justice Au plus brillant des deux, en vérité; Car il était souvent, par quelque main mignonne, Ouvert et feuilleté. Le plus vieux reposait. Presque jamais personne Ne venait le trouver pour causer avec lui; On redoutait l'ennui. Mais les rares lecteurs qui parcouraient ses pages Comprenaient sur le champ son efficacité: Ils devenaient prudents et sages Et trouvaient le secret de la félicité. Ceux qui feuilletaient l'autre acquéraient, au contraire, Un esprit téméraire Et confondaient souvent, dans leur fierté, L'abus avec la liberté.

Sous son masque charmant, voyez-vous, le beau livre Cachait certain poison Qui doucement enivre Et trouble la raison; Mais, d'une expérience sûre, Le vieux bouquin Pouvait guérir toute blessure Faite par son voisin.

Les personnes légères Nous amusent parfois mais nous nuisent toujours, Et les hommes sévères Nous déplaisent souvent en nous portant secours.