French poem
Ternaires
by Pamphile Le May (1837–1918)
Bel an qui fuis, adieu! Naguère avec ivresse J'acclamais ton retour, j'écoutais ta promesse. De l'aigle ou du simoun ta course a la vitesse!
Une fleur s'est fanée, et notre froide main La laisse retomber sur le bord du chemin Que d'autres, à leur tour, vont parcourir demain.
Le monde est-il meilleur? la charité, plus forte! Le riche avec plaisir fait-il ouvrir sa porte A l'homme malheureux que la misère escorte?
La bouche de l'envie est-elle sans venin? Le traître rougit-il de son lâche dessein? La paix est-elle acquise à tout le genre humain?
Les Princes se sont dit dans leur orgueil stupide: «Nous régnerons sans Dieu; notre bras intrépide «Peut défendre nos droits contre un sujet perfide.»
Ils ont régné sans Dieu comme ils se l'étaient dit. Des ennemis du Christ la phalange applaudit. La Foi voila son front et, triste, elle attendit.
Et l'esprit de révolte, ainsi qu'un vent d'orage Qui tourmente, soudain, les ondes d'un parage, Fit tressaillir les coeurs d'une farouche rage.
Et le sujet s'est dit: «Le peuple est souverain, «Et le roi, c'est moi seul! Arrière, droit divin! «Les hommes sont égaux, et tout pouvoir est vain!»
De tous les points du ciel montent de noirs nuages; Un bruit sourd et plaintif vient de tous les rivages; Un malaise ineffable oppresse tous les âges.
Sur son axe vieilli l'univers a tremblé; L'audace de l'impie en ces temps a doublé, Et le juste, partout, dans sa paix est troublé.
L'homme ne se croit plus qu'une fange pétrie. Il désire la mort pour son âme flétrie, Et la terre qu'il foule est sa seule patrie!
Il se complaît au mal, il boit l'iniquité; Le mensonge l'attire, il hait la Vérité; Pour une heure de joie il vend l'éternité.
C'est en vain qu'en ces jours les puissants de la terre Recouvrent leurs desseins du voile du mystère, Et cherchent à cacher l'effroi qui les atterre.
Le Seigneur Tout-Puissant élèvera la voix Et leurs projets honteux crouleront à la fois, Comme au souffle du vent les feuillages des bois!
Au jour de sa justice Il vannera le monde; Au loin Il jettera toute semence immonde; Il brisera l'espoir où le méchant se fonde!
Adieu! bel an qui fuis pour ne plus revenir, Qui fuis comme un torrent que rien ne peut tenir! Adieu! toi qui n'es plus déjà, qu'un souvenir!