French poem
Et voici l’instant où tu meurs
Et voici l’instant où tu meurs. Nuit suprême en ma nuit extrême, Deuil de deuils, malheur de malheurs ! Il me semble mourir encore moi-même.
Eh quoi ! l’expansion immense De cette immense intensité, Cette santé, cette gaité, Tout ce triomphe enseveli, démence !
Mais ! le néant c’est bon pour moi, Pour cet être absurde et fragile C’est ce qu’il faut, mais quant à toi… Nous ne sommes pas de la même argile.
Moi je suis la destruction Dans le silence et les ténèbres, Toi, monte avec l’assomption Des femmes que l’amour rendit célèbres.
Car, dans l’ombre où l’on s’en ira, Ta figure entre toutes celles Des belles que l’on adora Passe les amantes et les pucelles.
Et, dernier don à ton féal, Ma tombe sera renommée De ce chef divin et royal, La gloire de l’avoir surtout aimée.