French poem
Arrête un peu, mon Cœur, où vas-tu si courant ?
by Philippe Desportes (1546–1606)
Arreste un peu, mon cœur, où vas-tu si courant ? — Je vay trouver les yeux qui sain me peuvent rendre. — Je te prie, atten-moi. — Je ne te puis attendre, Je suis pressé du feu qui me va dévorant.
— Il faut bien, ô mon cœur ! que tu sois ignorant, De ne pouvoir encor ta misere comprendre : Ces yeux d’un seul regard te réduiront en cendre : Ce sont tes ennemis, t’iront-ils secourant ?
— Envers ses ennemis, si doucement on n’use Ces yeux ne sont point tels. — Ah ! c’est ce qui t’abuse : Le fin berger surprend l’oiseau par des appas.
— Tu t’abuses toy-mesme, ou tu brûles d’envie, Car l’oiseau mal-heureux s’envole à son trespas, Moi, je vole à des yeux qui me donnent la vie.
More by Philippe Desportes
- Je t’apporte, ô sommeil
- Pourquoi si follement croyez-vous à un verre
- Si la loi des amours saintement nous assemble
- Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire
- « À la beauté du Ciel votre beauté j’égale »
- « À pas lents et tardifs tout seul je me promène »
- « Blessé d’une plaie inhumaine »
- « Cette belle ennemie et d’Amour et de moi »