French poem
Sur la pompe du pont Notre-Dame
Que le dieu de la Seine a d’amour pour Paris ! Dès qu’il en peut baiser les rivages chéris, De ses flots suspendus la descente plus douce Laisse douter aux yeux s’il avance ou rebrousse : Lui-même à son canal il dérobe ses eaux, Qu’il y fait rejaillir par de secrètes veines, Et le plaisir qu’il prend à voir des lieux si beaux, De grand fleuve qu’il est, le transforme en fontaines. Sequana cum primum reginæ allabitur urbi, Tardat præcipites ambitiosus aquas. Captus amore loci, cursum obliviscitur, anceps Quo fluat, et dulces nectit in urbe moras. Hinc varios implens fluctu subeunte canales, Fons fieri gaudet, qui modo flumen erat. Éprise d’un lieu si charmant Je coule bien plus lentement ; Je m’arrête partout, et mon onde incertaine Semble même oublier son cours : Ainsi ces longs canaux, où je coule sans peine, Font qu’après mille détours, De fleuve que j’étois, je me change en fontaine. Aussitôt que la Seine en sa course tranquille Joint les superbes murs de la royale ville, Pour ces lieux fortunés elle brûle d’amour : Elle arrête ses flots, elle avance avec peine, Et par mille canaux se transforme en fontaine, Pour ne sortir jamais d’un si charmant séjour. Aussitôt que la Seine, après ses longs détours, Baigne enfin de Paris le superbe rivage, Fière du beau séjour qui lui tombe en partage, De son onde rapide elle suspend le cours : L’éclat du lieu l’enchante et la rend incertaine Où pour n’en point sortir doivent couler ses eaux ; Enfin s’ouvrant le sein de cent vastes canaux, Elle y coule, et de fleuve elle devient fontaine.