Versos French Pierre de Ronsard Chant de folie à Bacchus

French poem

Chant de folie à Bacchus

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Délaisse les peuples vaincus Qui sont sous le lit de l’Aurore, Et la ville qui, ô Bacchus, Cérémonieuse t’adore.

De tes tigres tourne la bride En France où tu es invoqué, Et par l’air ton chariot guide Dessus en pompe collocqué.

Que ceste feste ne se face Sans t’y trouver, père joieux, C’est de ton nom la dédicace Et le jour où l’on rit le mieux.

Voi-le ci, je le sens venir, Et mon cœur estonné ne peut Sa grand’ divinité tenir Tant elle l’agite et l’émeut.

Quels sont ces rochers où je vois Léger d’esprit ? Quel est ce fleuve, Quels sont ces antres et ces bois. Où seul, esgaré, je me treuve ?

J’entens le bruire des cymbales. Et les champs sonner : E vohé ! J’oï la rage des Bacchanales Et le son du cor enroué.

Icy le chancelant Silène, Sus un asne tardif monté, Les inconstants Satyres mene, Qui le soutiennent d’un costé.

Qu’on boute du vin en la tasse. Soumelier ! qu’on en verse tant Qu’il se respande dans la place ! Qu’on mange, qu’on boive d’autant !

Amoureux, menez vos aimées Ballez et dansez sans séjour ; Que les torches soient allumées Jusques à la pointe du jour.

Sus, sus, mignons ; aux confitures ! Le cotignac vous semble bon ; Vous n’avez les dents assez dures Pour faire peur à ce jambon.

Amis, à force de bien boire, Repoussez de vous le souci ; Que jamais plus n’en soit mémoire, Là doncques, faites tous ainsi.

Hélas ! que c’est un doux tourment Suivre ce dieu qui environne Son chef de vigne et de sarment En lieu de royale couronne.