French poem
Charles, tu portes le nom
CHarles, tu portes le nom De renom Du Prince qui fut mon maistre, De Charles en qui les Dieux Tout leur mieux Pour chef-d'œuuvre firent naistre. Naguiere il fut comme toy Fils de Roy, Ton grand-pere fut son pere, Et Henry le tres-chrestien Pere tien L'auoit eu pour second frere. A peine vn poil blondelet, Nouuelet, Autour de sa bouche tendre A se frizer commençoit, Qu'il pensoit De Cesar estre le gendre. Ia braue, se promettoit Qu'il estoit Duc des Lombardes campagnes, Et il verroit quelquefois Ses fils Rois De l’Itale & des Espagnes. Mais la mort qui le tua, Luy mua Son espouse en vne pierre: Et pour tout l’heur qu’il conceut, Ne receut Qu’à peine six pieds de terre. Comme on voit au poinct du iour Tout autour Rougir la Rose espanie, Et puis on la voit au soir Se dechoir A terre toute fanie : Ou comme vn Liz trop laué, Agraué D’vne pluyeuse tempeste, Ou trop fort au chaud atteint Perdre teint, Et languir à basse teste: Ainsi ton Oncle en naissant Perissant Fut veu presque en mesme espace, Et comme fleur du Printemps, En vn temps Perdit la vie & la grace. Si pour estre nay d’ayeux Demy-Dieux, Si pour estre fort & iuste, Les Princes ne mouroient pas, Le trespas Deuoit espargner Auguste. Si ne veinquit-il l’effort De la Mort, Par qui tous veincus nous sommes: Car außi bien elle prend Le plus grand Que le plus petit des hommes. Le vieil Nocher importun Vn chacun Charge en sa nacelle courbe, Et sans honneur à la fois Met les Rois Pesle-mesle auec la tourbe. Mais or' ie reuiens à toy Fils de Roy, Petit neueu de mon maistre, De Charles, en qui les Dieux Tout leur mieux Pour chef-d'œuure firent naistre. Comme vn bel Astre luisant Conduisant Au ciel sa voye cognue, Se cache sous l'Ocean Demy an Auec Thetis la chenue: Puis ayant laué son chef Derechef Remonstre sa face claire, Et plus beau qu'auparauant S'esleuant Sur nostre Orizon esclaire: Ainsi ton oncle en mourant, Demourant Sous la terre quelque année, Derechef est retourné En toy né Sous meilleure destinée. Il s'est voilé de ton corps, Saillant hors De la fosse tenebreuse, Pour viure en toy doublement Longuement, D'vne vie plus heureuse. Car le Destin qui tout peut, Ne te veut Comme à luy trancher la vie, Ains que voir par tes vertus Abatus Sous toy les Rois de l'Asie. Dieu qui voit tout de là-haut Ce qu'il faut Aux personnes iournalieres, A party ce Monde espars En trois pars, Pour toy seul & pour tes freres. Ton premier aisné François Sous ses lois Regira l'Europe sienne: D'Afriq' sera couronné Ton puisné, Toy de la terre Asienne. Car quand l'âge homme parfait T'aura fait, (Comme Iason fist en Grece) Tu tri'ras les plus vaillans Bataillans De la Françoise ieunesse: Puis mettant la voile au vent, Ensuiuant De Brenne l'antique trace, Tu iras (couurant les eaux Des vaisseaux) En l'Asie prendre place. Là dés le premier abort Sur le port A cent Rois tu feras teste, Et captifs dessous tes bras, Tu prendras Leurs terres pour ta conqueste. Ceux qui sont sous le resueil Du Soleil, Ceux qui sont sous le resueil Du Soleil, Ceux qui habitent Niphate, Ceux qui vont d'vn bœuf suant Remuant Les gras riuages d'Euphrate: Ceux qui boiuent dans le sein Du Iourdain De l'eau tant de fois courbée Et tout ce peuple odorant Demeurant Aux sablons de la Sabée: Ceux qui ont en bataillant L'arc vaillant, Quand ils sont tournez derriere Et ceux qui toutes saisons Leurs maisons Roulent sur vne ciuiere: Ceux qui d'vn acier mordant Vont tondant La terre aux tygres nourrice, Et ceux dont les chesnes verts Sont couuerts De soye sans artifice: Ceux qui vont en labourant Déterrant Tant d'os és champs de Sigée, Et ceux qui plantez se sont Sur le front D'Hellesponte & de l'Egée: De ces peuples, bien que forts, Tes efforts Rendront la force perie, Et veincus t'obeyront, Et seront Vassaux de ta Seigneurie. A ce grand Prince Thebain (Dont la main Print les Indes admirables) Egal Roy tu te feras, Tu auras Sans plus les mœurs dissemblables. Car si tost qu'il les defit, Il leur fit Sentir sa vineuse rage, Et de ses cris Orgieux, Furieux, Leur tempesta le courage. De peaux il les entourna, Il orna De pampre leur folle teste, Et trepignant au milieu, Ce fol Dieu Forcenoit apres sa feste. Mais toy Prince mieux instruit, En qui luit Des vertus l'antique reste, Chrestien, leur feras sçauoir Le deuoir D'vne autre loy plus celeste. Brisant les Idoles feins De tes mains, De leurs Dieux tu seras maistre, Et ruant leurs temples bas, Tu feras La Loy de Iesvs renaistre. Puis estant de tout costé Redouté Pour ta fortune prospere, Iras au bout du Leuant Esleuant Cent Colosses à ton pere.