French poem
« J’ai l’esprit tout ennuyé »
J’ay l’esprit tout ennuyé D’avoir trop estudié Les Phænomenes d’Arate : Il est temps que je m’esbate, Et que j’aille aux champs jouër. Bons Dieux ! qui voudroit louër Ceux qui collez sus un livre N’ont jamais soucy de vivre ? Que nous sert d’estudier, Sinon de nous ennuyer ! Et soin dessus soin accroistre A nous, qui serons peut estre Ou ce matin, ou ce soir Victime de l’Orque noir ! De l’Orque qui ne pardonne Tant il est fier, à personne ! Corydon, marche davant, Sçache où le bon vin se vend : Fais après à ma bouteille Des fueilles de quelque treille Un tapon pour la boucher : Ne m’achète point de chair, Car tant soit elle friande, L’Esté je hay la viande. Achete des abricôs, Des pompons, des artichôs. Des fraises, et de la crême : C’est en Esté ce que j’aime, Quand sur le bord d’un ruisseau Je la mange au bruit de l’eau, Estendu sus le rivage, Ou dans un antre sauvage. Ores que je suis dispos, Je veux boire sans repos, De peur que la maladie Un de ces jours ne me die, Me happant à l’impourveu, Meurs gallant, c’est assez beu.