French poem
Petite pucelle Angevine
Petite pucelle Angevine, Qui m’as d’un amoureux souris Tiré le cœur de la poitrine : Puis, dés l’heure que tu le pris, Tu l’enfermas contre raison Dans les liens de ta prison. Ainsi perdant la jouyssance De sa premiere liberté, Il vit sous ton obeyssance Si mal-mené, si mal traité, Qu’un Lion enflé de rigueur Aurait pitié de sa langueur. Car toy, de façon plus cruelle Qu’un roc pendu dessus la mer, Tu te fais tous les jours plus belle Du mal qui le vient consommer, Honorant depuis que tu l’as, Tes victoires de son trespas. Non seulement comme trop rude, Tu fais languir mon cœur à tort Par une honneste ingratitude, Luy donnant une lente mort, Voyant pasmer en triste esmoy En tes liens mon cœur et moy. Mais en lieu d’un sacré Poëte, Qui si haut chantoit ton honneur, Tu as nouvelle amitié faite Avecques un nouveau Seigneur, Qui maintenant tout seul te tient, Et plus de moy ne te souvient. Hà vierge simple et sans malice, Tu ne sçais encore que c’est De faire aux grands Seigneurs service, Qui en amour n’ont point d’arrest, Et qui suivent sans loyautez En un jour dix mille beautez. Si tost qu’une proye ils ont prise, Ils la desdaignent tout expres, Afin qu’une autre soit conquise Pour s’en mocquer bien tost apres, Et n’ont jamais autre plaisir Que de changer, et de choisir. Celuy qui ores est ton maistre, Et qui te tient comme veinqueur, Te laissera demain, peut estre. Hé, je le voudrois de bon cœur. Si le ciel de nous a soucy, Puisse arriver demain ainsi. Le ciel qui les amans contemple, Les meschans sçait bien rechercher : Anaxarete en sert d’exemple, Qui fut changée en un rocher, Portant la semblable rigueur Au rocher, qu’elle avoit au cœur.