French poem
Petite Nymphe folâtre
Petite Nymphe folâtre, Nymphette que j’idolatre, Ma mignonne, dont les yeux Logent mon pis et mon mieux : Ma doucette, ma sucrée, Ma Grace, ma Cytherée, Tu me dois pour m’appaiser Mille fois le jour baiser. Tu m’en dois au matin trente, Puis apres disner cinquante, Et puis vingt apres souper. Et quoy ? me veux-tu tromper ? Avance mes quartiers, belle, Ma tourtre, ma colombelle : Avance-moy les quartiers De mes paymens tous entiers. Demeure, où fuis-tu Maistresse ? Le desir qui trop me presse,
Ne sçauroit arrester tant, S’il n’est payé tout contant.
Revien revien mignonnette, Mon doux miel, ma violette, Mon œil, mon cœur, mes amours, Ma cruelle, qui tousjours Trouves quelque mignardise, Qui d’une douce feintise Peu à peu mes forces fond, Comme on voit dessus un mont S’escouler la neige blanche : Ou comme la rose franche Perd le vermeil de son teint Des rais du Soleil esteint.
Où fuis-tu mon Angelette, Ma vie, mon amelette ? Appaise un peu ton courroux, Assy-toy sur mes genoux, Et de cent baisers appaise De mon cœur la chaude braise.
Donne moy bec contre bec, Or’ un moite, ores un sec, Or’ un babillard, et ores Un qui soit plus long encores Que ceux de tes pigeons mignars, Couple à couple fretillars.
Ha Dieu ! ma douce Guerriere, Tire un peu ta bouche arriere : Le dernier baiser donné A tellement estonné De mille douceurs ma vie, Que du sein me l’a ravie,
Et m’a fait voir à demy Le Nautonnier ennemy, Et les plaines où Catulle, Et les rives où Tibulle, Pas à pas se promenant Vont encore maintenant De leurs bouchettes blesmies Rebaisotans leurs amies.