French poem
L’Incrédulité des Femmes
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Ah ! madame, qu’allez-vous croire ? Dès l’abord mon coursier s’abat. Quand vous me cédez la victoire, Je tombe et suis hors de combat. Mais cet accident qui m’arrive Pour ma tendresse parle bien : C’est l’effet d’une ardeur trop vive. — Non, non, monsieur, je n’en crois rien.
Si mon air défait vous indigne, Songez que c’est votre vertu Qui, par sa résistance insigne, M’a donné cet air abattu. Naguère, mon cœur tout de flamme, Avait bien un autre maintien ; Vous l’avez dû sentir, madame ? — Non, non, monsieur, je n’en crois rien.
Je ne suis ni lâche ni traître ; Voyez, et jugez entre nous Si j’ai tout ce qu’il faut pour être Tout ce qu’on doit être avec vous. Envers moi loin d’être économe, Nature m’a traité fort bien : Daignez donc me croire honnête homme. — Non, non, monsieur, je n’en crois rien.
Mais l’Amour arrive à mon aide… Plus de plainte, plus d’air moqueur ; Je pousse un argument plus raide Qui pénètre au fond de ton cœur. Crois que je suis tendre et sincère, Que tu ne dois douter de rien, Crois enfin que j’ai tout pour plaire. — Ah ! mon ami, je le sens bien.