French poem
Ii
La contemplation dura cent mille années; Quand le Maître sortit des songes éclatants, Des générations hideuses étaient nées.
Les Rhythmes étaient morts; les rires insultants Grimaçaient; le soleil blême sur les prairies Sans fleurs pleurait les jours anciens et les printemps;
L'épouse maquillée, âpre de pierreries, Se raillait du Poète et du Rêve divin Et se prostituait aux races amoindries.
Lorsque le Démiurge eut vu ce qui devint, Un désespoir immense emplit son âme sombre; Il comprit que le Verbe était stupide et vain
Et cria dans la nuit: «Puisque tout croule et sombre, «Après l'oeuvre magique et sublime du Chant, «O paroles, rentrez dans le gouffre de l'ombre.
«Va, monde! abîme-toi, triste soleil couchant! «Disparais d'un seul coup dans le néant avide! «Fonds-toi dans ma fureur comme un lingot d'argent!»
Plus rien ne fut; la nuit par le ciel morne et vide Roula son voile noir sur la fausse splendeur Et le Maître, absorbé dans le chaos livide
Tut--pour l'éternité--le Verbe créateur.