French poem
Ii
Or le tumulte des batailles, ce jour-là, Se tut comme la mer pendant les accalmies. Sur les corps mutilés et sur les chairs blêmies Le flot d'une ineffable aurore s'étala.
Un grave chant porté par le souffle des brises Montait de l'Orient lumineux et charmait, Épars autour des bois et du divin sommet, Le coeur moins furieux des guerrières surprises:
Et l'Aède parut couronné de cyprès; Sa lyre se voilait de tristes asphodèles Et douloureusement les cordes immortelles Pleuraient un chant d'amour, de deuil et de regrets.
«M'entends-tu dans le noir abîme, ô chère morte, Irrévocable fleur qu'un vent cruel emporte?
O lumière, comme une étoile qui s'enfuit, Ne briseras-tu pas les chaînes de la nuit?
O soeur des soirs taillés dans de larges opales, Où sont tes cheveux d'ombre, où sont tes lèvres pâles?
Vous qui l'avez ravie, ô dieux, je viens à vous, Rendez l'épouse absente aux baisers de l'époux.
Je vous ai célébrés dans mes strophes pieuses, O maîtres qui siégez aux cimes merveilleuses:
Mais les rhythmes naissaient de ses rires: rouvrez Les sources de l'amour et des hymnes sacrés.»
Les guerrières des dieux écoutaient comme en rêve Le doux profanateur en marche vers les bois, Il passa; les chevaux s'écartaient à sa voix Et sa chair dédaignait la morsure du glaive.
Autour de lui, le vol des flèches susurrait Comme un essaim vaincu d'abeilles bienveillantes Et sans ouïr les cris des vierges effrayantes L'Aède pacifique entra dans la forêt.