French poem
Ii
Je t'aimais et les dieux ont dénoué nos bras, Et nous vivons à la dérive au cours des heures; Et je ne t'entends plus quand tu ris ou tu pleures: Mais je viendrai vers toi quand tu m'appelleras.
A la dérive! des palais au bord des fleuves, D'impérieuses voix m'invitent, dans la nuit Et par les aubes; mais qu'importe? l'eau s'enfuit Et je ferme mes yeux aux chevelures veuves.
Je sais: l'hôtellerie est pleine de buveurs: Au mur rit la lambrusque et la rose trémière Et les raisins gonflés d'aurore et de lumière Versent les vieux soleils dans les cerveaux rêveurs.
Les sveltes baladins, les joueuses de lyre Et les masques d'amour y glissent dans le soir Et la terrasse est vide où je pourrais m'asseoir: Je n'aborderai pas aux perrons de porphyre;
Nulle reine en manteau de pourpre et d'argent clair Ne tendra sur le seuil ses lèvres vers ma bouche; Voile noire, carène noire, ombre farouche, La nef sans gouvernail s'en va jusqu'à la mer
Et je m'endormirai parmi les vagues vertes, Parmi les mornes flots sans borne, à moins qu'un soir, Sur une rive heureuse, au sommet de la tour Dominant la vallée et les terres désertes,
Tu ne paraisses dans ta robe de soleil Et tu ne m'offres en un geste qui pardonne Tes cheveux éployés plus riches que l'automne Et les baisers anciens plus doux que le sommeil.