French poem
L'Homme
Va: le soleil bondit dans les cieux embrasés; C'est l'heure, il faut franchir le seuil et vers les villes Te ruer en clamant aux oreilles serviles Tout ce que les tombeaux t'ont livré de secrets.
Viens et regarde: là de houleuses forêts Où les pasteurs de porcs se vautrent dans les bauges; Puis des plaines, rumeurs des blés, parfum des sauges, Et les paysans nus courbés sous les sillons A jamais; et plus loin des foules en haillons, Troupeaux lâches que tu mueras en fauves hardes, Tournent vers le palais des prunelles hagardes Et des poings décharnés par l'immuable faim Sans que la torche encor s'enflamme dans leur main.
Ce qui fut moi naguère et richesse stérile Et dépouille des temps silencieux rutile Autour de ton front jeune et de tes seins altiers: Voici venir un vol de cygnes éployés, Le vol tardif et sûr des prophétiques ailes Qui m'invite au sommeil des ondes éternelles.
Va: la chair que la mort heureuse requérait S'évanouit parmi les choses, sans regret, Maintenant que tu m'as affranchi de moi-même Et que tu peux, maîtresse enfin du double emblème, Descendre vers les serfs de la glèbe et des murs Et, selon le vouloir des trois monstres obscurs, Tendre le rameau d'or ou férir de l'épée.
L'HOMME disparaît sous les eaux immobiles, sous les eaux épaisses où ne palpite aucune lueur. L'ERRANTE contemple longuement le lac d'ombre monotone, puis marche, auréolée par la gloire du matin, vers les plaines et vers les villes orientales, tandis que sa voix dans la solitude chante les batailles futures.