French poem
A Ma Mère
Un an passé, mère, qu'un beau matin, Enfant par l'âge et vieux par la tristesse, Malade, usé, las de vivre sans cesse Et de trouver l'ennui sur mon chemin,
En souriant à mon nouveau destin, Je vins ici chercher dans ta tendresse Pour mon coeur froid la chaleur de ta main, Dans ton amour l'abri de ma faiblesse; C'est près de toi, pour la première fois, Que j'ai connu la douceur de sa voix, Que le bonheur a passé sur ma route.
Je vais partir. Qu'importe? j'ai vécu. Qu'il soit béni, malgré ce qu'il en coûte Pour le pleurer après l'avoir perdu!
Alger, 5 février 1862.
A MON AMI PAUL E.. G..
Paul, as-tu quelquefois, dans tes jours de tristesse, Senti passer en toi quelque gai souvenir? Et n'as-tu pas alors, à travers ta détresse, Songé combien le charme en est doux à sentir?
Moi j'y pensais ce soir, laissant mon feu mourir; J'errais dans ce passé qui me revient sans cesse. Je songeais qu'il est loin, et, sans qu'il y paraisse, Que voilà plus d'un an que tu m'as vu partir.
Puis je rêvais encore, et dans la cheminée Suivant des yeux la bûche à demi consumée, Je comparais ma vie à ce feu pâlissant.
Et je songeais, mon cher, à notre douce vie, A ce qu'un souvenir a de mélancolie, Et qu'il est doux aussi de vieillir en s'aimant.
Alger, mardi soir, 25 février 1862.