Versos French Raoul Ponchon Aliment de houille

French poem

Aliment de houille

by (1848–1937)

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Ô Carême ! du haut du Ciel, Ta demeure dernière, Brillat-Savarin ! toi, Vatel ! Et vous aussi, mon colonel, Grimod de la Reynière ;

Vous tous, fins gourmets, nos aïeux, À la gueule friande ! Que pensez-vous de ce houilleux Aliment, tant plus merveilleux Qu’il rappelle la viande ?

Et d’aucuns s’en vont proclamant Ta faillite, ô Science ! En leur stupide aveuglement, Quand c’est d’aujourd’hui seulement Que ton règne commence !

⁂ Quoi qu’il en soit, si le charbon Devient, dans la marmite, Un régal infiniment bon, Demain, les mines de jambon Ne seront plus un mythe…

Avant tout cet aliment doit Être une économie Pour les petites gens. Sans quoi, On se demanderait pourquoi Cette absurde chimie ?

Il faut qu’en son humble foyer, Un pauvre diable puisse D’un peu de houille festoyer, Sans en avoir guère à payer Que le sel et l’épice.

Mais si cette houille prévaut, En tant que comestible, Sur les bœufs, les moutons, les veaux Elle atteindra des prix nouveaux, En tant que combustible ?…

Cependant que moutons et bœufs Encombreront la Sphère, Pulluleront es prés herbeux, Si bien que nos petits-neveux Ne sauront plus qu’en faire.

Dans ce cas-là, qu’adviendra-t-il ?… De toutes ces pécores ? Eh bien, un chimiste subtil Viendra, de chez nous, du Brésil… Ou de Bochie encore,

Qui traitera, dans son humour, Son confrère d’andouille, Et qui, par un juste retour, De ces bœufs et veaux, à son tour, Extraira de la houille !