French poem
Chez le mastroquet
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Si tu n’es pas un vil esclave, Un triple cocu de marchand, Tu nous bailleras sur le champ Le vin que tu bois dans la cave ;
Et puis tu nous épargneras Ta chienne de face ridée À ne pouvoir s’en faire idée. Nous n’admettons que les gens gras.
Mais si Margoton est… convexe, Elle nous ira comme un gant. Moi, ni plus ni moins qu’un brigand Je suis régence avec le sexe.
Va donc, douloureux mastroquet, Nous tirer ton petit rose Qui fleure violette et rose Et qui jappe comme un roquet.
Mais je vois que tu te remues Tout autant qu’un bois de cercueil. Crains-tu que nous buvions à l’œil ? Calme ces frayeurs ingénues.
Malgré que tu sois bien vilain, Aujourd’hui — c’est ça de la chance — Nous le paierons en conséquence, Car nous avons de l’or tout plein.
En as-tu jamais vu ? regarde, Il est plus brillant qu’un sou neuf ; Nous pourrions nous payer un bœuf Avec, et pas mal de moutarde ;
Nous pourrions avec tout cet or Nous payer de bien belles choses : Des femmes, des lapins, des roses, Que sais-je ? Nous pourrions encor
Nous passer cette fantaisie, De ne pas dépenser un sou ; Nous pourrions — rêve bien plus fou ! — Acheter de la poésie.
Mais non. Ivrognes sans défaut, Cet or, nous aimons mieux le boire, Et c’est à boire, à boire, à boire, Et c’est à boire qu’il nous faut !