Versos French Raoul Ponchon Concours de beauté

French poem

Concours de beauté

by (1848–1937)

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Venez çà, petites chéries De lis et de roses pétries Et de chair aussi, Dieu merci. Accourez, fluettes et rondes, Les rousses, les brunes, les blondes, Venez les châtaines aussi.

Les Mélissindes, les Dianes, Émiliennes et Lianes, Les Otéros, pour qui je meurs, Les Juliettes, les Mireilles, Et les esthètes sans oreilles, Et les fruits mûrs et les primeurs ;

Venez, sirènes, sphinges, fées, Horizontales, dégrafées, Ô nos dames de volupté, Demi-vierges, quart de pucelles, Enfin, toutes celles et celles Qui prétendent à la Beauté.

Mais déjà, chères amoureuses, Je vous vois venir plus nombreuses Que mes cheveux, quand j’en portais. Seriez-vous donc toutes jolies Et parfaitement accomplies, Femmes ? eh bien, je m’en doutais.

Étoilant vos fines voilettes Flambent vos yeux de violettes Qui mettent nos cœurs en émoi, Et votre bouche irrévocable Défierait le meilleur vocable Que je pourrais avoir sur moi.

Sur votre tête on voit éclore Toute une lumineuse flore Qui fait valoir votre douceur ; Et quels beaux habits sont les vôtres ! On voit que les uns et les autres Sortent de chez le bon faiseur.

Mais, mon Dieu, voilà bien du linge ! (Ponchon, taisez-vous, paillard singe) Oui, bien du linge, en vérité. Je voudrais vous voir, ô statues, Impérialement vêtues De votre seule nudité.

Avez-vous peur d’être mal faites ? Parbleu, ce sont là des défaites ; S’il n’est d’impeccable beauté, Je crois, et du fond de mon âme, Que la plus discutable femme Est belle par quelque côté.

Telle d’entre vous, par exemple, Qui ne se montrera guère ample En la matière des nichons, Ce qui d’ailleurs ne m’horripile, Exhibera du côté pile Deux excellents gros cabochons.

Telle autre brille par ses cuisses Blanches comme des Alpes suisses, Et rondes, et faites au tour, Mais ne possède à son service Pour soutenir cet édifice Que des baguettes de tambour…

Mais quoi ! avec ou sans chemise Je vous trouve toujours bien mises, Ô femmes ! zut pour les jurés ! Vous êtes la grâce elle-même, Je vous admire et je vous aime Et vous m’aurez quand vous voudrez.