Versos French Raoul Ponchon Cléo de Mérode ?

French poem

Cléo de Mérode ?

by (1848–1937)

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Une très fine statuette  Étonne au Salon tous les yeux Et fait travailler la luette De ces dames et ces messieurs.

Elle séduit tôt par sa mise Qui est celle d’une beauté Venant de quitter sa chemise Sans souci du monde à côté.

Les jambes sont sveltes, les hanches Vont en lyre s’élargissant, Désirables, fermes et franches ; Et le ventre est d’un qui consent.

Que si l’on s’attarde à la croupe, On peut dire : Tiens, la voilà ! Il n’est pas besoin d’une loupe Pour s’apercevoir qu’elle est là.

Les seins un peu forts pour le buste Prennent librement leur essor ; Mais des lacs du corset trop juste La chair semble meurtrie encor.

Les bras graciles, par contraste, Semblent deux rameaux tortueux Ils dessinent un geste chaste À la fois et voluptueux.

La tête faut-il la décrire ? Elle est virginale surtout, Malgré l’inquiétant sourire Qui ne dit rien et qui dit tout.

Et le délicieux modèle, Pure fleur de modernité, Qui telle Laïs pour Apelle Posa pour cette nudité ;

Mignonne Cléo de Mérode, Friant petit morceau de roi Qui gambillas devant… Hérode, D’aucuns prétendent que c’est toi.

« C’est d’une impudeur sans pareille — Disent-ils — cet être ingénu Qui tout en cachant ses oreilles Nous invite à son corps tout nu. »

Est-ce ou n’est-ce pas toi ? Qu’importe ! Tu réclames bien vainement. Le public — que le diable emporte ! — Ne te verra plus autrement.

Si ce corps est le tien fidèle, Pourquoi prendre à témoins les dieux ? Si tu ne fus pas le modèle De ce marbre prestigieux ;

Je ne vois pas ce qui t’attriste Ni qui puisse t’effaroucher : Le corps que t’a prêté l’artiste N’a rien de vilain à cacher.

Ô fausse pudeur d’être nue ! Et puis d’ailleurs tu ne l’es pas. Pour être complètement nue, Il eût fallu garder tes bas.