French poem
La Crinoline
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Savez-vous bien, ô femmes, Que ce serait infâme Si vous en reveniez À ces paniers
Dénommés crinolines. Y seriez-vous enclines ? Que ce serait rossard De votre part !
Ô femmes versatiles, Vous avez quelque style, Dessous votre harnois, Pour une fois ;
Vous êtes habillées, Presque déshabillées Pour le plaisir des yeux À qui mieux mieux.
Votre présente robe, Loin qu’elle vous dérobe Vous gante étrangement, Éloquemment ;
Accusant votre galbe Depuis votre nuque albe Jusques à vos mollets Si rondelets,
Et vos hanches perfides Superbes, impavides, Et les durs cabochons De vos nichons.
Depuis longtemps, vous dis-je, N’eûtes tant de prestige, Et vous nous ravissez, Quand vous passez ;
Et que d’un menu geste Si gentil et si preste Vous insistez encor Sur ce décor,
En levant votre jupe Pour que notre œil s’occupe De vos jolis dessous… Hélas de nous !
Quoi ! vous voulez, cruelles, Si belles telles quelles, En revenir à vos Cages à veaux,
Ces crinolines ordes ! Seigneur, miséricorde ! C’est à fuir de ce pas Dans les pampas.
Ô démence ! ô délire ! On ne pourra plus dire Sous ces trompeux dehors, Quel, votre corps ?…
Sous ces cages muettes, On dira que vous êtes Un peu couci couci Encore, si
— Pour avoir nos suffrages — Elles étaient, ces cages, Telles qu’en leur réseau On vît l’oiseau…