French poem
La Cage
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Ma tête est une étrange cage Où dorment mille oiseaux siffleurs ; Ils sont jolis comme des fleurs, Sous leur divertissant plumage.
Si je veux troubler leur sommeil Et faire chanter dès l’aurore Cette cage multicolore, je bois un peu de vin vermeil.
Aussitôt commence la fête : Fauvettes, merles et pinsons M’assourdissent de leurs chansons Et tourbillonnent dans ma tête.
Le rossignol donne le la, Il possède toute la lyre ; Et l’alouette tirelire Tirelire lire lan la.
Le vif courcaillet de la caille Se mêle aux trilles du linot, Et le misérable moineau Y va de son refrain canaille.
C’est un vacarme s’il en fut, À peine si je m’entends vivre ; Ces bougres-là me rendent ivre Avec leur terrible raffut.
En tout cas ils sont gais, les pauvres, Ils sifflent, d’après leurs aïeux, Les dialectes merveilleux Que l’on parle dans les Hanovres.
Ce sont mélanges assortis De volapük et de kabyle, Où le cochon le plus habile Ne trouverait pas ses petits,
D’indéchiffrables ulalumes ! Il n’est pas jusqu’au perroquet Qui ne jappe comme un roquet, Le détestable singe à plumes !
Pépiez, gringottez en chœur Dans ce désordre mémorable, Faites un tapage du diable, Chers petits oiseaux de mon cœur ;
Pour vous sortir de la nuit noire Et vous voir naître à la gaîté, Grâce à ce vin fait de clarté, Je passerais mon temps à boire.