French poem
Jupe ou culotte
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Quoi prévaut ? Culotte ou jupe Telle est l’âpre question Qui pour le moment occupe La publique attention.
En attendant que dans Rome On en ait concilé, je Crois que si, tel un homme, Tu vas enjambant ton pneu,
Ô cyclewoman lectrice, Une culotte convient Plutôt à cet exercice Que tu honores combien !
Au point de vue artistique Lequel détient le record ? Seigneur, dieu de la Plastique, Mets-nous là-dessus d’accord.
Aujourd’hui, tel qu’il le porte, L’affreux pantalon bouffant Fait au sexe en quelque sorte Un derrière d’éléphant.
Est-il plus hygiénique ? Il ne l’est ni plus ni moins Que la jupe. Aussi pudique ? Tout autant. M’en soient témoins
Ces messieurs. Il nous dérobe, Voilà pour nous le plus clair, Tout aussi bien qu’une robe Ce qui nous est le plus chair.
De manière qu’il nous dupe Ce pantalon godichon, On ne sait si qui l’occupe C’est du lard ou du cochon.
Mais voilà qui me défrise Et met mon flair en défaut : La jupe une fois admise, Ma chère, en somme, il te faut
Cependant une culotte Dessous ? cela fait double emploi, Car il t’en faut, saperlotte ! Une culotte ! sans quoi
L’on pourrait voir sans chandelle Pour peu que lâchant ton pneu Tu ramasses une pelle La ousque tu as un bleu.
Mon Dieu, d’effroi je n’en beugle, Tu peux bien penser que je Ne deviendrais pas aveugle Pour assister à ce jeu.
Quoi qu’il en soit je déclare N’aimer point du tout ce chiffon. Et si la jupe est bizarre Le pantalon est bouffon.
Laissez-moi donc cette jupe Dont vous vous embarrassez Aux Riquettes à la huppe, Ô cyclistes, et laissez
Cette culotte aux zouaves, Et dans un maillot collant Montrez vos formes suaves, Ce sera bien plus galant.
Montrez vos lignes parfaites… Que diable, nos pauvres yeux N’ont déjà pas tant de fêtes Sous la culotte des cieux…
(Pardon !) Loin d’être prodigues De votre corps argenté, Vous ne sortez que vos gigues : C’est peu pour notre santé.
Pour paraître ainsi vêtues Je suppose, en résumé, Que vous êtes mal foutues Jusqu’à plus ample informé.