Versos French Raoul Ponchon Le Vin de mon ami

French poem

Le Vin de mon ami

by (1848–1937)

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Ah ! sapristi ! le bon vin D’où qu’il vînt, Ami, que tu m’as fait boire ! Quand il viendrait du Brésil, Je dis qu’il Est digne du Saint Ciboire.

Est-il de belle couleur ! Quelle fleur Lui peut être comparable ! Un rubis auprès de lui N’est que nuit, Tout parfum, que misérable.

Il est frais entre les dents, Et dedans La gorge il met de la joie, De même qu’il rend au cœur Sa vigueur, Sans inquiéter le foie.

Il n’est pas de ces vins fous. Lesquels vous Flanquent d’abord une tape. Pacifique et naturel, Il est tel, Qu’il somnolait dans la grappe.

Ses éléments éthérés, Par degrés, Montent, par lente poussée, Mais ne prennent pas d’assaut, En sursaut Le palais de la Pensée.

C’est un paisible et serein Souverain, Qui, dans sa cour enchantée, Avance à pas de velours, Si peu lourds Qu’on ne s’en peut faire idée.

Pourtant, à son pas discret, On dirait Que ses courtisans s’éveillent Qui dormaient en l’attendant… Dans l’instant S’éveillent et s’émerveillent.

Et lentement, et petit À petit, Les rythmes, comme des pages, Commencent à frétiller, Babiller, Et mènent de grands tapages.

Un rêve dans mon cerveau, Tout nouveau, Se lève comme une aurore, Plus ingénu mille fois, Qu’en les bois, Une fleur qui vient d’éclore,

Et voici que mon esprit S’attendrit Sur nos misères humaines, Et que je dis des méchants : Pauvres gens ! Pitié pour ces phénomènes !