Versos French Robert Brasillach Chant pour André Chénier

French poem

Chant pour André Chénier

by (1909–1945)

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Debout sur le lourd tombereau, À travers Paris surchauffé, Au front la pâleur des cachots, Au cœur le dernier chant d’Orphée Tu t’en allais vers l’échafaud, Ô mon frère au col dégrafé !

Dans la prison dont les eaux suintent, Près de Toi, les héros légers Qui furent Tircis ou Aminte, Riaient de ceux qui les jugeaient, Refusaient le cri ou la plainte Et souriaient des noirs dangers.

La chandelle jetait aux murs Leurs ombres comme à la dérive. Les cartes et les jeux impurs Animaient les jours qui se suivent. Toi, tu rêvais d’un sort moins dur Et chantais les jeunes captives !

Le soleil des îles de Grèce Rayonnait au ciel pluvieux, Perçait les fenêtres épaisses Et les filles aux beaux cheveux Nageaient autour de Toi, sans cesse, Sur les vagues, avec les dieux.

Tu souhaitais, dans les nuits noires, Une aube encore pour t’éclairer, Pour pouvoir attendrir l’histoire Sur tant de justes massacrés, Pour embarquer sur ta mémoire Tant de trésors prêts à sombrer.

Avec les flots de l’aventure, À travers les jours variés, Les heures vives ou obscures, Un siècle et demi a passé. La saison est encore moins sûre Voici le temps d’André Chénier.

Sur la prison fermée et pleine Un monde encore a disparu. Ô soleil noir de notre peine, Une autre foule est dans la rue, Comme dans la vieille semaine, Demandant toujours que l’on tue.

Dans la cellule, dont l’eau suinte Un autre que Toi reste assis, Dédaigneux des cris et des plaintes Évoquant les bonheurs enfuis, Et ranimant dans son enceinte Comme Toi, les mers de jadis.

Au revers de quelque rempart, Au fond des faubourgs de nos villes, Près des murs dressés quelque part, Les fusils des gardes mobiles Abattent au jeu de hasard Nos frères des guerres civiles.

J’entends dans les noirs corridors, Résonner des pas bien pareils À ceux que tu entends encore Jusque dans ton pâle sommeil, Et comme Toi, le soir je dors, Avec en moi mon vrai soleil.

Près de nous tous, ressuscité, Le cœur plein de justes colères Dans la nuit on t’entends monter Du fond de l’ombre froide et claire, Ô frère des sanglants étés, Ô sang trop pur des vieilles guerres !

Et ceux que l’on mène au poteau Dans le petit matin glacé, Au front la pâleur des cachots, Au cœur le dernier chant d’Orphée, Tu leur tends la main sans un mot, Ô mon frère au col dégrafé……