French poem
Gethsémani
by Robert Brasillach (1909–1945)
Selon Matthieu Je monte vers Gethsémani, Tout au long de la nuit obscure. La nuit est longue, la nuit dure, Ô nuit, odeur de l’agonie.
Autour de moi rien ne subsiste De tout cela que je rêvais. Jusqu’à la mort mon âme est triste, Mon âme est triste, il faut veiller.
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Selon Marc Père est-il vrai que vienne l’aube ? Qu’approche celui qui me livre ? Que ce calice se dérobe ! Que le matin me laisse vivre !
Mais s’il faut que je m’apprête, Si nul ne peut rompre mes chaînes, Que votre volonté soit faite, La vôtre, Père, et non la mienne.
⁂ Selon Luc Les miens sont endormis encor, Accablés sous l’immense peine, La sueur coule de mon corps, Le sang s’écoule de mes veines.
Est-ce un ange qui vient vers moi ? Ses paumes sont douces et fortes. Il rafraîchit mon désarroi, Il me parle et me réconforte.
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Selon Jean Si viennent juges et vendus, Père je pourrais leur jurer Que personne ne s’est perdu De ceux qu’on m’avait confiés.
J’aurai gardé de l’aventure Ceux-là qui ont su m’écouter La nuit est longue, la nuit est dure, Mais j’y maintiens cette fierté.
⁂ Si longue soit-elle et si dure En souvenir de l’agonie, Seigneur, et de la nuit obscure Sauve-moi de Gethsémani !