Versos French Robert de Bonnières Ii

French poem

Ii

by (1850–1905)

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COMMENT ROSE-ROSE ET MYRTIL EURENT UN SONGE SEMBLABLE, ET DES PROPOS QUE ROSE-ROSE EUT AVEC LES ABEILLES

Rose-Rose, à peine éveillée, Dès la première aube appela Ses femmes, et ce matin-là, De blanc voulut être habillée: Elle fut donc vêtue ainsi Que sont les blanches fiancées. Mais nul ne savait ses pensées. L'amour n'avait pu jusqu'ici Troubler une dame aussi sage. On assurait qu'il n'était point De prétendant qui, sur ce point, Eût vu rougir son beau visage. Quand on eut peigné ses cheveux, Plus blonds qu'une moisson dorée, Et qu'elle fut ainsi parée Et belle assez selon ses voeux, Elle fit, contre l'habitude, Éloigner ses Dames d'honneur, Comme si son secret bonheur S'augmentait de sa solitude.

Elle s'en fut seule au jardin Pour causer avec les Abeilles. --Des parterres et des corbeilles, Des bosquets, des gazons, soudain Toutes s'empressèrent vers elle, Et par mille souhaits charmants, Grâces, bonjours et compliments, Lui témoignèrent de leur zèle. Après tous ces gentils discours, Prenant sa voix la plus menue, Rose leur dit:--«Je suis venue Vous demander aide et secours; Et tout d'abord je vous rends grâce De ce que vous ne m'avez fait Encor défaut d'aucun bienfait: Voici le cas qui m'embarrasse.

«J'aime un Prince que je n'ai vu Qu'en songe encor, cette nuit même; Rien ne m'est plus, sinon qu'il m'aime Et qu'il m'a prise au dépourvu. Amour donc jamais ne nous laisse Sans aimer, car je ne suis plus, Malgré mes dédains résolus, Que joie, espoir, trouble et faiblesse!

--«Le lieu de mon songe était tel, Que je vis en cette aventure Ce même jardin en peinture, Ces fleurs et ce petit Castel Que vous m'avez sur la colline Tout bâti de cire, au dessus Du petit lac aux bords moussus Et de ce jardin qui décline. Ce fut là qu'il me vint chercher Et me put expliquer sa flamme En mots si vrais, que jusqu'à l'âme Son bel amour me sut toucher: Et comme en un miroir immense Je me voyais lui souriant Et lui de même me priant Tout obtenir de ma clémence. --«Je suis fils de Roi, disait-il, Et je veux vous aimer sans cesse. Vous pouvez, sans honte, Princesse, M'aimer aussi! J'ai nom Myrtil. --«Mon nom, lui dis-je, est Rose-Rose, --«Et, dans l'instant, nos jeunes fronts Furent, ainsi que nous serons, Couronnés de myrte et de rose. En me voyant si belle ainsi, Et lui plus beau que la lumière, Je donnai mon amour première Au beau Prince que j'ai choisi.»

Songe alors n'était pas mensonge, Car Myrtil eut, de son côté, Comme on l'a depuis rapporté, Cette même nuit même songe: Il vit, dans le même moment, Au même lieu, sa même image A Rose-Rose rendre hommage. Et lui faire même serment, Dans ce même Castel de cire Où, sans penser au lendemain, Rose avait bien promis sa main, A n'en douter, à ce beau Sire.

Et Rose dit en même temps: --«Allez vite, Abeilles fidèles. Vite autant que vous aurez d'ailes. Dire à Myrtil que je l'attends! Allez du couchant à l'aurore, Et ne revenez pas sans lui; Allez, et dites à celui Que j'aime, au pays que j'ignore, Lorsque vous l'aurez rencontré, Qu'approuvée ou que combattue, Toute de blanc ainsi vêtue, En ce Castel je l'attendrai Chaque jour, à cette même heure, A chaque aube que Dieu fera, Et que, s'il faut, l'on m'y verra Venir jusqu'au jour que je meure!»