French poem
Iii
by Robert de Bonnières (1850–1905)
COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS A LA TRACE ET DÉCOUVRIRENT UN CHATEAU DE FLEURS AU LIEU DE FORET
Quand les servantes éveillées Virent jusqu'aux horizons bleus Ce beau chemin miraculeux, Du haut des tours ensoleillées, En hâte, aux Dames du palais Elles furent conter la chose, Et les Princes, pour même cause, Furent cherchés par leurs valets. Ce fut un grand remue-ménage Dans le château, jusqu'à ce point Qu'ayant mis son plus beau pourpoint, Le Roi fut du pèlerinage. La Cour entière par les prés Marchait en bel ordre à sa suite, Suivant nos amants et leur fuite En tous ses détours diaprés.
La surprise était infinie De ce que ce nouveau printemps Foisonnât de fleurs dans le temps Qu'il n'est aux champs qu'herbe jaunie.
Or cet admirable chemin Menait à la forêt prochaine: Il n'était charme, orme, if ou chêne Qui ne fût tendu de jasmin, De chèvre-feuille, de glycine, De vigne vierge et d'autres fleurs, Mêlant et tramant leurs couleurs, D'une branche à l'autre voisine. Tant et si bien, qu'en ces beaux lieux Ce n'est plus, comme en l'entourage, Forêt d'automne sans ombrage, Mais plutôt palais merveilleux, Aux murs faits de branches taillées, Et bâtis de fleurs en arceaux Où chantaient de rares Oiseaux, Sur des corniches de feuillées.
De leurs cent voix, l'écho chanteur Salua le Roi dès l'entrée, Dont l'âme encor fut pénétrée D'une même et fraiche senteur, Laquelle était si bien formée De tant de parfums différents, Qu'à mon embarras je comprends Qu'aucun auteur ne l'ait nommée. Le Roi, du portail, pas à pas Poussa jusques aux galeries Où figuraient ses armoiries De lys sur ne-m'oubliez-pas. Il fut touché de cet hommage De Fée à Monarque, d'autant Que les Oiseaux allaient chantant Ses hauts faits en humain ramage.