Versos French Robert de Bonnières Iv

French poem

Iv

by (1850–1905)

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COMMENT MYRTIL FIT A TRAVERS LE MONDE UN VOYAGE MERVEILLEUX QUI DURA CENT ET CINQUANTE ANNEES.

Myrtil s'était mis en chemin, Guidé par les bonnes Abeilles. Lorsqu'il les eut de ses oreilles Ouï, comme en langage humain, Qui contaient l'histoire suivie De son beau songe trait pour trait, Et comment Rose l'attendrait S'il le fallait, toute la vie, Aussitôt le Prince amoureux, Malgré tout le noble entourage, Qui ne craignait que son courage En ce départ aventureux, Prit une belle et bonne armée Et se mit en marche à travers Tant et tant de peuples divers, Pour retrouver sa bien aimée, Qu'il n'est Monarque ou Conquérant Qui, pour de moins belles victoires Et des travaux moins méritoires, N'en ait reçu le nom de Grand.

L'Amant, dont la fortune heureuse N'avait que des coups surprenants, Par les mers et les continents Promenait sa gloire amoureuse. --Mais, si je tire du récit, Dont j'ai suivi le commentaire, Qu'il venait du bout de la terre, Notre monde se rétrécit Et n'a plus la même apparence; Car, outre les pays connus Dont bien des gens sont revenus, Tels que Chine, Inde, Egypte et France, Il avait encor parcouru Bien des mers depuis ignorées Et de fabuleuses contrées Qui de ce monde ont disparu: La mer où chantaient les Sirènes Et les vallons mélodieux Peuplés de Héros et de Dieux Encor chers aux Muses sereines. Le jardin d'Eden, où tomba Adam et la race insoumise Des hommes, la Terre Promise Et le Royaume de Saba, La côte d'Ophir et, près d'elle, L'or en montagne accumulé, Le Venusberg, l'île Thulé, Où mourut le Vieux Roi fidèle, Et les terres des Paladins, Et la Forêt où j'imagine Que vivaient Morgane et Brangine, L'Ile d'Armide et ses jardins Avant Renaud et la Croisade, Et tout l'Orient enchanté, En mille et une nuits conté Par la bonne Schéhérazade: Et Myrtil allait à travers Le monde, entrainant à sa suite, En son amoureuse poursuite, Tous les peuples de l'Univers! Car les Abeilles étaient Fées, Et, dès que son glaive avait lui, Les rois vaincus dressaient pour lui Des colonnes et des trophées.

Si le voyage fut si grand Que je n'ai pu faire le compte Des merveilles qu'on en raconte, Je puis, du moins, en comparant Les dates qui m'en sont données. Conclure que, pour parcourir L'Univers et le conquérir, Il mit cent et cinquante années.