French poem
Iv
by Robert de Bonnières (1850–1905)
COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE ET TOUCHANT DISCOURS
Sauge admira ces objets sans envie Et dit: «Seigneur, les beaux jours sont comptés. Aimez-moi bien, et jamais ne doutez Du bel amour dont j'ai l'âme ravie. Est-il pour moi besoin de tant d'apprêt? N'aimez-vous point la belle solitude, Et des amants n'est-ce plus l'habitude De mieux s'aimer quand l'amour est secret? Restons ici sans plus, si bon vous semble; Nos yeux pourront se parler à loisir, Et nous n'aurons de si charmant plaisir Que seul à seul à demeurer ensemble. Auprès de vous, je sens mon coeur léger; Légère est l'heure aussi qui me convie Et là, tout beau! je vous donne ma vie. Prenez-la donc, mais sans m'interroger.»
Elle lui fit un généreux sourire Ne regrettant ce qu'elle avait bien fait, N'y songeant même.--Et son bonheur parfait En mots humains ne se pourrait décrire. --Amour et Mort sont toujours à l'affût: Ne croyez pas que celle que je pleure Fut épargnée. Elle sécha sur l'heure Comme une fleur de sauge qu'elle fut.